
Nous nous affrontons ici, contre ce qui est un parfait exemple des nécessités d’un monde de marchandises et une des pointes de l’iceberg du progrès. Un progrès de la technique qui vise inexorablement la destruction de l’humanité – l’humanité de chacun de nous.
Ce qui nous a amené ici, certains depuis des années, d’autres depuis quelques semaines ou jours, ce n’est pas seulement, cependant, la juste solidarité vis-à-vis de ceux qui se battent avec dignité contre la destruction de l’espace de leur propre vie. Il s’agit d’un plus profond et plus intime désir de liberté.
Nous luttons, aussi ici, comme en chaque lieu, pour la liberté. La liberté de chaque individu, la mienne, qui commence nécessairement là où commence aussi celle de chaque autre, parce que si un seul est enchaîné, je ne peux pas être libre.

Il y a aussi, cependant, des poids morts. Il y a ceux qui sont intéressés à distinguer entre les "gens de la vallée" et "ceux de dehors", pour pouvoir mieux diviser, quand c’est nécessaire, les bons des méchants. Il ne s’agit pas, malheureusement, seulement des seuls journalistes à la solde des patrons. Il y a ceux qui voudraient circonscrire la révolte à des modalités – et des horaires – prédéfinis. Qui voudrait prendre (et se faire prendre) des photos – mais ils se croient au cirque, ces guignols ? Ceux qui voudraient cette lutte comme prérogative d’un groupe bien défini de spécialistes, experts manipulateurs des médias et donc défenseurs d’un affrontement symbolique, théâtral, tendu à recueillir un consensus médiatique. Tous les autres – la masse – seraient réduits à un troupeau à amener en promenade pendant les manifestations. Ceux qui voudraient une résistance pacifique et civile. Des "actions" spectaculaires mais parfaitement inoffensives. Quelque chose, en somme, qui ne porte pas préjudice à la possibilité de traiter avec le pouvoir, une fois le spectacle fini.
Avec ceux là, nous n’avons rien à partager. Nous ne sommes pas civilisés, nous ne sommes pas pacifiés, nous ne résistons pas, mais nous attaquons en cherchant à faire mal à l’ennemi. Nous n’avons rien à défendre, mais une vie – notre vie – à extirper d’un répugnant destin de domination. Ce pour quoi chacun de nous se bat n’est pas délimitable, n’est pas représentable. Cela n’aurait aucun sens, vu à la télé.

Tout cela n’est pas seulement un moment de rupture, mais une pratique qui continue, qui devient une expérience partagée et marque, avec l’intensité que l’insurrection sait toucher, la vie de chacun. La vie devient insurrection...
L’étincelle que chacun de nous porte à l’intérieur est ravivée par ces rencontres complices, par des retrouvailles, par de nouveaux liens, par ce tourbillon de rage et d’amour, tournoyant, imprévisible et créateur comme la vie même.
En rentrant dans nos maisons, dans les villes d’où nous venons, nous portons en nous la conscience que quelque chose est en train de changer – que c’est nous qui le faisons changer, justement maintenant. Que du Val Susa la révolte se propage. Les motifs contingents sont nombreux, mais la tension qui anime chacun de nous est la même. Que dans toute l’Europe flambe le feu qui nous brûle de l’intérieur et qui nous a amené ici. Que du vieux monde il ne reste que des cendres.
Et dans le feu l’amour.
... POUR LA LIBERTÉ !
Traduction d’un texte italien publié le 8 septembre 2011 sur
Informa-Azione trouvée sur Indy Grenoble.
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