dimanche 8 janvier 2012

[Brochure des CAFards] "Aie Caramba, un contrôle domiciliaire"

[Brochure des CAFards de Montreuil pour l'autodéfense des précaires... à faire tourner]

Organisons-nous face aux contrôles domiciliaires CAF !

Autodéfense des précaires !

Aujourd’hui, dans chaque antenne CAF, un panneau d’affichage dresse une liste de condamnations exemplaires en cas de fraude (amendes, peine de prison, etc.).
Des campagnes de presse mettent en avant la figure du millionnaire RSAste.

Au nom de la bonne gestion de l’argent public, tout allocataire est suspect.

Soyons clairs, il s’agit de nous faire culpabiliser, de nous humilier, d’instaurer un climat de peur. De quoi nous décourager par avance en nous faisant oublier qu’il s’agit de droits et non de l’argent de poche donné par un père autoritaire, tant qu’on le mérite.

Nous sommes des millions à devoir nous serrer la ceinture, à faire des pirouettes pour payer les factures, la bouffe et les transports. Les loyers explosent et il est très dur de les payer même avec l’allocation logement. Tout le monde sait, y compris la CAF, qu’il est presque impossible de survivre avec le montant du RSA.

Et pourtant, dans un contexte de crise toujours plus marqué, le gouvernement français est encore passé à la vitesse supérieure.

Qu’il s’agisse de l’annonce du nouveau plan d’austérité qui promet la baisse des allocations sociales, ou de la campagne publique lancée depuis plusieurs mois contre la « fraude sociale », c’est toujours aux plus pauvres et aux plus précaires qu’il s’agit de s’attaquer. Regardez, là un chômeur qui triche, là une allocataire que ne déclare pas son compagnon… ce sont eux les vrais responsables de la crise !

C’est aussi pour faire face à cette politique de culpabilisation de plus en plus agressive, que les CAFards, collectif de chômeurs et précaires, ont réalisé un petit guide pratique pour faire face aux contrôles domiciliaires de la CAF. Dispositif répressif parmi d’autres, le contrôle domiciliaire est exemplaire de ce qui se trame contre nous de l’autre côté du guichet.

Avec ce guide pratique, nous donnons quelques billes à chacun pour se débrouiller là où il se trouve, mais nous faisons surtout un appel à se rencontrer, à partager des informations, des pratiques, des idées. Là où ils voudraient nous enfermer dans la peur et l’isolement, il nous faut inventer de nouvelles formes de lutte et de solidarité.
Lien
Guide Quelques conseils pour faire face aux contrôles domiciliaires de la CAF :
↔ PDF version livret (28 pages A5)
↔ PDF version page par page (28 pages A4)

↔ Lire le guide en ligne sur le site de la CIP.

Je me débrouille, tu te débrouilles, ils nous contrôlent…
Embrouillons-les !

CAFards – Collectif de chômeurs et précaires
Contact : cafardsdemontreuil@riseup.net

[En bonus, le sommaire pour se faire une idée]

Sommaire :

La fraude selon la CAF
LES CONTRÔLES
La traque aux allocataires
Est-ce que les allocations sont suspendues pendant un contrôle ?
Pourquoi cela tombe sur moi ?

LE CONTRÔLE DOMICILIAIRE
Qu’est-ce qu’un contrôle domiciliaire ?
Qu’est-ce qu’un agent de la CAF ?

Avant le rendez-vous avec le contrôleur
Dans le cas d’une visite surprise
Les avis de passage
Les motifs de la visite
Sur la violation de domicile
Témoignage : Contrôler les contrôleurs !

Le rdv est pris, le contrôleur vient au domicile
Quand le contrôleur demande a voir les relevés de compte
Témoignage : Comment faites-vous pour ne pas être mort de faim ?
Plutôt la carte d’identité que le passeport
De la fausse complicité à la menace
Témoignage : N’avoue jamais, jamais, jamais
Enquête de voisinage : On ne s’affole pas
L’entretien doit être contradictoire
Sur la notion de vie privée

Après le contrôle
Obtention du rapport de contrôle
L’accès aux documents administratifs
Les recours

Conclusion

vendredi 6 janvier 2012

[Auto-nos-médias] La police de poitiers saisit l'Epine Noire

[Nous découvrions récemment avec plaisir que le numéro 1 du journal de contre-informations de poitiers et ses environs "l'Epine Noire" était sorti - succédant ainsi au numéro zéro. Nous relayons cette brève écrite par les auteurs du journal à propos de leurs mésaventures avec quelques uniformes et vous encourageons par la même à découvrir leur publication... Chaque répression de l'expression révolutionnaire doit se transformer en propagande de cette dernière. Chaque coup porté par la censure se retournera immanquablement contre elle : LISEZ L'EPINE NOIRE !]

Communiqué du Journal "L'épine noire"

Chronique de l’arbitraire : Quand diffuser de l’information devient potentiellement criminel


Ce mercredi 4 janvier au soir, la police politique de Poitiers était sur les dents. Un petit nombre de personnes distribuait des tracts (soutien aux inculpées de Labège) et un canard local (L’Épine Noire) devant les marches du Théâtre-Cinéma de la place d’Armes au centre-ville. Pourquoi une distribution à cet endroit ? Parce qu’il y avait la projection du film-documentaire Tous au Larzac avec un débat organisé par les Alternatifs, écologistes et autres. Autant dire qu’il y avait un grand nombre de poitevin-es et des environs qui sont venues pour y assister. L’idée était donc d’informer sur la situation des camarades de Toulouse et de faire connaitre l’Épine Noire… Pas d’entrave à la circulation, pas de papiers par terre (le public était évidemment intéressé par ce que nous distribuions), pas de violence en réunion, pas d’alcool, pas d’armes par destination, que de bonnes intentions.

Nous ne sommes pas rentrés pour la diffusion du film, on aurait peut être dû, vu ce qui s’est passé ensuite. À peine le dernier spectateur entré dans le cinéma, la Bac et la police nationale avec pas moins de six bagnoles sont venues interpeller six personnes dans des rues adjacentes au Théâtre-Cinéma. Les gardiens de l’ordre ont contrôlé les identités vraiment pour la forme, vu que nos tronches leur sont familières. Puis, ils ont confisqué les journaux ainsi que de simples couteaux. Mais ce n’est pas fini : la police nous amène quand même au commissariat.

Au commissariat, rien de très alléchant, à part peut-être de voir le directeur de la police, Jean-Francois Papineau, et ses collègues avec, entre les mains, l’Épine Noire (c’eût été de belles photos pour le prochain numero). Les six personnes embarquées sont sorties, certaines ramenées jusqu’à leur domicile pour vérification d’adresse. Une personne est sortie avec une convocation au commissariat pour port d’armes, reconvoquée aujourd’hui elle ressort avec un rappel à la loi et ils en ont profité pour prendre ses empreintes et lui tirer le portrait. D’autres personnes, vraisembablement, seront prochainement convoquées pour l’Épine Noire.

La venue du président de la République dans la région, aujourd’hui 5 janvier, à l’occasion des vœux à l’Éducation nationale, est sans doute une des raisons de leur intervention. D’autres suggèrent que c’est la distribution fortuite du canard à un RG qui allait assister au débat sur le Larzac, qui a mis la puce à l’oreille de nos amis les bleus. Les pandores n’auraient-ils pas eu vent d’un article sur le successeur de notre cher Tomasini (P..on), Yves Dassonville qui, après avoir chassé le syndicat (« voyou », disait-il) USTKE en Kanaky entame une nouvelle campagne en terre pictave contre d’autres voyous. Encore un petit effort Dassonville et l’Épine Noire verra croître son audience comme l’USTKE a su résister aux assauts colonialistes.

Cet acte est grave, car il s’agit plus que d’une énième provocation policière pictave à l’encontre de certains individus présumés anarchistes, terroristes, délinquants, voleurs, voyous, et mille autres qualificatifs qui ne sonnent finalement pas plus mal que « PAPON », « baqueux », « éducastreur », « parti de l’ordre » ou « serviteur de l’État ». En effet la police a saisi tous les exemplaires de l’Épine noire qui restaient sur chacun d’entre nous [Ça n'est pas la première fois que les flics confisquent du matériel militant]. Il s’agit là d’une atteinte manifeste au droit d’expression et de diffusion d’écrits politiques. Et ça nous ne saurions le tolérer pas plus que le reste. Comme quoi leur démocratie est à géométrie variable…

Bref, en tout cas comme ça l’est souvent rappelé, Poitiers reste une ville où le pouvoir teste le degré de résistance, teste des méthodes relevant de la contre-subversion. C’est une confirmation d’un rapport que la police entretient avec un certain groupe de personnes supposées appartenir à un mouvement politique qui est particulièrement dans le viseur actuellement à Poitiers et ailleurs. Tout est à surveiller comme du lait sur le feu. C’est une véritable chasse aux sorcières qui est à l’œuvre, le spectre des lois scélérates n’est pas loin.

Nous invitons toutes celles et ceux, individuellement ou collectivement à donner leur point de vue sur cette question s’ils le souhaitent.

Qu’ils sachent que ces méthodes qui souhaitent mettre à bas toute contestation du pouvoir, du capital et de ses chiens de garde ne nous décourageront pas. Au contraire cela nous donne encore envie de continuer de nous battre contre ce monde autoritaire et marchand.

L’Épine Noire, 5 janvier 2012.

mercredi 4 janvier 2012

[Anti-répression] Valognes – Cherbourg : départ immédiat !

Nous nous sommes croisé-e-s à coté de Valognes, un matin brumeux de novembre. Retrouvons-nous le mardi 31 janvier 2012 à Cherbourg pour
soutenir les 6 personnes poursuivies.

Le 23 novembre, une action massive contre le train de déchets nucléaires “CASTOR” a permis d’imposer, ce qu’on peut appeler pudiquement, des “interférences” avec l’opération de communication d’AREVA et de l’Etat. Ces derniers ont pris pour cibles quelques personnes aux abords des voies pour tenter de leur faire porter le chapeau d’une action qui est assumée
collectivement. Il est important pour nous de soutenir ces 6 personnes, quelque soit ce qui leur est reproché. Qu’ils et elles soient innocent-e-s ou coupables n’est pas le débat face à l’horreur du nucléaire.

Mais devant la justice, rarement encline à comprendre la légitimité d’actions aussi fortes, les prévenu-e-s auront besoin de notre soutien pour trouver la force de se défendre sur les quelques points d’accroches judiciaires que
les flics ont tenté de trouver : intrusion sur les voies, détention “d’armes” dans leur véhicule, vol… Il y a 2 jours de procès (31 janvier et 7 février) mais nous préférons accentuer la mobilisation dès le premier jour.

Venez prendre votre petit-dej’ le mardi matin 31 janvier dès 8h30 devant le tribunal de grande instance de Cherbourg (15 rue des Tribunaux).

Nous lançons aussi un appel à dons pour couvrir les frais judiciaires :

Valognes – Cherbourg : départ immédiat !

Chèques à l’ordre de APSAJ-Valognes Association Pour la Solidarité et l’Aide Juridique 6 cours des Alliés 35000 Rennes IBAN : FR76 4255 9000 5541 0200 1473 207 CODE BIC : CCOPFRPPXXX

N'hésitez pas à relayer ce message !

mardi 3 janvier 2012

[Squat] Caen : ouverture et menace d'expulsion !

Caen : Le Mât-Noir est ouvert !

18 Décembre 2011, Source : Le Réveil.ch

L’arrivée à Caen de la ligne à grande vitesse (le TGV) et le réaménagement de la Presqu’île vont être pour les promoteurs immobiliers l’occasion de spéculer et donc de s’enrichir encore plus sur le dos d’une bonne partie de la population. Les politiciens au pouvoir, en relation étroite avec les professionnels de l’aménagement et de l’immobilier, planifient consciemment ces changements qui auront des impacts directs sur nos vies : hausse des loyers et du coût de la vie dans les quartiers du port et de la gare notamment, sécurisation de l’espace public, aseptisation accrue du peu de vie locale qu’il reste… Demain ce sera pire, alors que c’est déjà laborieux de se loger et de vivre décemment aujourd’hui.

C’est pourquoi nous avons ouvert ce lieu, au 26 avenue de Creuilly. Ce lieu était vide depuis bien longtemps et n’attendait qu’à revivre. Nous l’avons donc occupé ! Cet endroit est le domicile de plusieurs personnes depuis plusieurs jours, et n’est donc pas expulsable sans procédure judiciaire.

Nous souhaitons aussi y mettre en place des activités publiques, ouvertes à tous et toutes, gratuites ou à prix libre (tu donnes ce que tu peux, ce que tu veux) : ateliers divers, projections, débats, réunions de divers collectifs, diffusion de brochures et journaux subversifs, bouffes… C’est donc un lieu où nous essaierons de nous réapproprier nos vies, de nous transmettre des savoirs les un-es les autres, de créer, de modifier nos modes de vie et d’expérimenter d’autres rapports sociaux plus libres et plus égalitaires, sans hiérarchie et non marchands. Le collectif d’occupants et d’occupantes est indépendant de tout parti ou syndicat. Si nous avons ouvert cet espace, c’est aussi pour créer des moments de coordination et de rencontres pour nous organiser de façon autonome et prendre part aux luttes sociales.

N’hésitez pas à venir nous voir, à proposer des activités, filer un coup de main, bouquiner ou boire un café !

Faites circuler l’info et à bientôt ! Le Mât-Noir, 26 avenue de Creuilly, 14 000 Caen (près du jardin des plantes) la_mauvaise_herbe @ no-log.org

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[Caen] Le Mât-Noir menacé d'expulsion !!!

23 Décembre 2011, Source : Le Jura Libertaire

Le squat politique autogéré le Mât-Noir occupé depuis le 12 décembre fut ouvert au public le 17 décembre suite à un rassemblement contre la spéculation urbaine. Ce lieu était inoccupé depuis plusieurs années. L’ouverture de ce squat semble effectivement gêner plusieurs acteurs de l’immobilier et de l’urbanisme, car les menaces d’expulsion arrivent déjà !

Brève explication de la situation : les propriétaires (les sœurs de Notre-Dame de la Fidélitéou l’association Arbalète qui pourrait servir de paravent) voulaient vendre à l’institution Saint-Joseph, qui elle, avait le projet de détruire ce bâtiment afin de construire soit une école maternelle avec gymnase (projet apparemment abandonné depuis) soit 44 logements (projet qui ne fait pas non plus l’unanimité dans le quartier). Il semble que même la mairiese soit opposée à la vente du bâtiment pour préserver le patrimoine. La préfecture semble avoir proposé un pack « expulsion expéditive » (une ordonnance sur requête) aux bonnes sœurs qui ne savaient peut-être même pas qu’il y avait des habitants dans ce lieu. Nous en sommes là, et nous continuerons de communiquer des informations (avec plus de détails espérons).

Les intimidations commencent donc et un homme se prétendant huissier de justice (il n’a pas présenté sa carte) est venu nous menacer de l’expulsion. L’argument de la salubrité est utilisé contre nous, pourtant tous les gens qui sont venus visiter les lieux pourront vous confirmer que ce n’est pas le cas, nous travaillons même activement à l’amélioration des conditions de vie. Nous comptons préserver cette belle bâtisse et en faire un lieu de vie et d’organisation collective.

Il est clair que nous ne nous laisserons pas faire. Si nous avons mis les pieds dans le plat d’une sombre histoire de magouille immobilière et spéculative, nous ne nous priverons pas pour éclabousser ceux qui expulsent. Nous ferons payer le prix fort à ces voyous en col blanc qui comptent s’enrichir sur le dos des gens par la construction de logements. D’autre part, où est la charité chrétienne des bonnes sœurs de Notre-Dame de la fidélité qui ne se soucient pas d’expulser en plein hiver et pendant les fêtes ? N’oublions pas qu’elles sont aussi propriétaires… L’institution Saint-Joseph, constituée des « élites » et notables caennais a la mainmise (une grande part au moins) sur le quartier et n’hésite pas à le transformer selon ses aspirations à faire du fric. Nous n’acceptons pas que des grands financiers et promoteurs agencent nos espaces de vie à leur guise. Nous saboterons ce rouleau compresseur. Quant à la préfecture, certainement bien amie avec l’institution Saint-Joseph (entre élites on se fait des bonnes bouffes !) elle se soucie de la critique de la société que nous apportons, et compte bien nous faire taire. Ce n’est plus une nouveauté, la répression s’abat sur ceux et celles qui parlent ou luttent un peu trop. Nous le savons parfaitement et nous résisterons !

Squat le Mât-Noir, 26 avenue de Creully à Caen
Arrêt de tram Place de la Mare

Portes ouvertes tous les mercredi de 14h à 18h

lundi 2 janvier 2012

"Lettre ouverte d'une parasite sociale"


trouvé sur : http://coutoentrelesdents.over-blog.net/

Lettre ouverte et écorchée à tous ceux qui estiment qu’avec 456 euros par mois nous parasiterions la société française

Voilà encore une erreur de Pôle Emploi qui va me pénaliser à l’approche de Noël.

Ils ne m’ont jamais aidé à trouver un emploi, un remplacement, un stage, une formation et en bonne citoyenne bienveillante qui ne doit pas manifester trop d’acrimonie, être contente d’être dans un système qui a pensé la question sociale, je souris souvent même quand je réclame un droit, un dû.

Je suis même emplie de bienveillance parce que j’entends leur mal être depuis le remaniement et la fusion Assedic ANPE. Je lis les livres des conseillères qui dénoncent et du coup je ne peux pas leur en vouloir.

Voilà près de quatre ans, un grand employeur qui a signé la charte de la diversité dans le cadre de la promotion de l’égalité des chances m’a fait chuter socialement dans l’irrespect le plus total de mon intégrité morale et du droit du travail à géométrie variable visiblement. De professeur que j’étais, je me suis retrouvée au RMI à l’époque. Depuis ce moment-là, j’ai cherché, cherché, cherché du travail, me suis réorientée et reconvertie sans l’aide de Pôle Emploi.

J’ai fini par décrocher la possibilité de vivre un an d’un travail intelligent et épanouissant. J’accédais même au régime d’intermittence. Fin octobre approchait et je savais que j’arriverais en fin de droit, je n’ai pas su réalimenter l’accès à l’intermittence, je redoutais le retour aux minima sociaux mais me consolais en me disant c’est mieux que rien, au moins survivre, payer le loyer, ne pas tomber plus bas, ne pas se retrouver comme tant de naufragés du capital à la rue. Une femme à la rue comme tant d’autres qui s’abimerait sous les regards d’indifférence.

J’ai l’énergie de la joie et du désespoir. De ces fils et filles d’ouvriers qui savent ce que c’est la crise depuis l’enfance, qui savent qu’avec peu on fait parfois beaucoup, qui n’ont rien contre le travail qui peut rendre digne et enthousiaste. Il existe bien celui-là non ?

Avec cette énergie, j’ai cherché, cherché, cherché du travail, tantôt j’étais trop diplômée, tantôt pas assez dans le domaine ultra pointu requis alors qu’en quelques jours un salarié de la boîte en question aurait su sûrement utiliser mes neurones pour m’apprendre vite et au mieux les savoir-faire requis. C’est comme si on oubliait que l’apprentissage sur le tas, au vif du sujet valait aussi tous les diplômes et n’est souvent pas une perte de temps mais un atout pour une entreprise.

Fin octobre pointait le bout de son nez et je ne voyais rien venir et j’étais déjà fatiguée d’avoir envoyé partout aux quatre coins de la France et même en Allemagne et même jusqu’en Chine des candidatures pour enfin poser mon balluchon de précarité, m’ancrer mieux dans une vie sociale, citoyenne comme ils disent et économique. Rien. Des petits plans peut-être, des contrats aidés ? Non même pas ça, je n’y accédais pas. On est d’ailleurs nombreux à ne pas y accéder : pas assez ceci, pas assez cela.

Alors j’ai anticipé ma demande de dossier d’ASS pour percevoir les 456 euros de minima sociaux qui me permettraient au moins de faire patienter le propriétaire de mon appartement. J’ai écrit une fois, deux fois, trois fois à Pôle emploi pour avoir le dossier. On m’a dit pas maintenant, demandez-le plus tard, c’est trop tôt puis on m’a dit on vous a déjà envoyé un dossier, puis vous ne nous avez pas renvoyé le dossier de demande d’allocation retour à l’emploi qui nous permettrait d’obtenir un rejet qui serait la preuve que vous avez droit peut-être après examen aux 456 euros d’ASS. Mais je n’avais rien reçu de Pôle emploi aucun dossier. Ce matin, je téléphone, on me dit venez chercher le dossier, ce même dossier que je demande depuis fin octobre, ce même dossier qui est censé être parti le 10 novembre et nous sommes le 24 novembre.

Alors doucement je me suis laissée glisser au sol parce que je n’en peux plus, j’ai posé mon front contre le faux parquet froid de mon appartement et j’ai pleuré bruyamment comme une petite fille de bientôt quarante ans pourtant. Pleurer de ne pas avoir en même temps déposé un dossier de RSA, la même somme mais une autre administration la CAF parce que je sens que je vais me faire entourlouper par Pôle Emploi, que la CAF ne paiera que si Pôle Emploi refuse et que le temps que tout ceci se passe décembre sera là, Noël arrivera et à Noël c’est toujours plus terrible et humiliant de ne pas avoir un sou. J’ai pleuré aussi parce qu’avec tous mes jolis diplômes de 3e cycle, mes expériences multiples, mon énergie de vouloir bien faire, je reste dans mon jeu de l’oie de la précarité, celui dans lequel on est toujours le dindon de la farce. Ces oies qui se font traiter de noms d’oiseaux par des secrétaires d’état, des ministres, des Wauquiez, des clubs de pensée qui pensent réellement qu’on abuse le système social français quand on surnage à peine avec 456 euros par mois.

Il paraît que je suis belle, intelligente et drôle. Ça me fait une belle jambe. Que doivent vivre ceux qu’on trouve laids, bêtes et fades ?

Je n’ai plus l’énergie ce matin. Wauquiez qui nous traitait de parasite cet été, aimerait-il lire la pile de candidatures envoyées. Les espoirs et les projections fatigantes qu’on construit. On se dit : il faudra chercher un appartement à 1000 km de chez moi, je n’aurai plus d’amis, plus de toubib de confiance, plus mes épiciers du quartier mais j’aurai un vrai travail, on postule, on espère, on est parfois convoqué, on fait son grand numéro de charme. Et rien. On recommence à l’est, à l’ouest, au sud, au nord, à chaque fois on s’imagine la vie qui va avec et… rien. Pendant ce temps-là ce garçon que vous venez enfin de rencontrer avec qui vous êtes bien, se pose des questions. Pourquoi tu veux partir si loin si tu m’aimes ? On se sent infidèle alors qu’on voudrait juste un travail pour retrouver l’énergie, le capital suffisant pour l’inviter au restau de temps en temps, revenir vers lui moins abattue par la précarité. Je sais que certains copains la vivent mieux que moi, ils me traitent même d’aliénée, disent que le travail c’est l’aliénation, que mon féminisme c’est de l’aliénation que je souhaiterais troquer un mec, un mari contre un patron quand je leur explique que pour moi le travail c’est aussi un facteur d’émancipation. Je ne sais plus quoi dire, quoi penser, je pleure la tête contre le plancher, rassembler tous les papiers pour ce fichu dossier me paraît être l’ascension de l’Everest pour 456 euros. En fait, j’ai honte, je voudrais pouvoir leur dire : gardez-la votre aumône, expliquez-nous comment on peut vivre avec ça ? Expliquez-nous pourquoi tout l’été je n’ai pas pu être reçue comme il faut par une conseillère Pôle Emploi, que j’ai dû trouver auprès d’amis des conseils pour ma recherche d’emploi, ma stratégie. J’ai mal partout, j’appelle l’amoureux pour lui dire que j’ai besoin de lui, que je n’arriverai pas à aller à Pôle Emploi seule ce matin parce que je suis fatiguée, à bout, humiliée et que c’est injuste d’avoir appris au téléphone qu’ils mettront trois semaines à traiter un dossier qu’ils prétendaient avoir envoyé le 10 novembre et qui n’est jamais parti ou arrivé. On est le 23 novembre, si je dépose le dossier aujourd’hui, dans trois semaines ils me diront si je peux prétendre à la solution de précarité A dite ASS, si c’est rejeté il faudra donner ce refus à la CAF qui examinera la solution B dite RSA. On aura perdu un mois et Noël sera là. J’appelle l’amoureux, il est sur messagerie. J’envoie un SMS : tu pourrais m’accompagner à Pôle Emploi ce matin, je suis tellement fatiguée, j’ai besoin de toi.

On a mis sa fierté de côté mais l’amoureux est au travail, il finira son chantier en début d’après midi. On s’appelle, ça capte mal alors ça crée de la zizanie. On préfère lui renvoyer un texto qui dit : t’inquiète c’est pas grave.

Je me retrouve accroupie la tête contre le canapé, où est passée ma belle énergie qui amuse les copains et les amoureux au début ? celle qui fait bouger des montagnes parfois.

Alors je me relève, je rassemble les papiers. Je relance un employeur par mail que je suis allée voir sans être convoquée pour lui montrer à quel point j’aimerais bien travailler chez lui. J’en rappelle un autre en prenant une voix énergique. Je finis par retrouver les papiers qu’il faudra pour le dossier ASS et je m’aperçois que je n’ai travaillé que 4 ans et demi dans les 10 dernières années parce que j’avais pris deux ans de disponibilité à l’époque. Et il faut avoir travaillé au minimum 5 ans dans les 10 dernières années pour prétendre aux ASS la solution A. Alors je serai recalée de la solution A, ne vaut-il pas mieux que j’anticipe la solution B pour avoir un tampon daté de la CAF qui du coup prendra cette date comme début possible de mon retour à la précarité dans leur tunnel à eux, le tunnel B ? Oui ça mérite réflexion. Mais je suis si fatigué, le rimmel a coulé partout, j’ai le dos qui craque et j’ai la fatigue des jours de règle.

Germaniste, femme de communication, j’ai le goût du contact et du travail bien mené. Capable de prendre des initiatives, j’aime aussi le travail en équipe et mener à bien une pleurnicherie déclenchée par Pôle Emploi et ce manque de tendre.

Ne vous arrêtez pas aux diplômes, il y en a toujours trop ou pas assez, à 39 ans j’ai acquis une maturité et une autorité naturelle qui me permettront de rassembler mes esprits, mais à 39 ans il arrive encore qu’on me demande à la SNCF si j’ai la carte 12-25. Alors vous voyez !

Rassurer l’employeur on n’est ni trop vieille, ni trop jeune, ni trop mieux que lui. Et moi, là, qui me rassurerait un peu ? il faut cocher A et B, se relever, se remaquiller et recommencer le cirque de l’aliénation comme disent mes petits copains d’extrême gauche qui hériteront ou ont déjà hérité de la maison de papa-maman et ne pas parler de mon nom de famille qui ne rassure pas l’employeur. Et ne pas écrire ça ici parce que c’est de la victimisation rien que d’en parler, et rien que d’y penser !

Il s’est immolé là-bas. Ce chômeur de Tunisie. Ici nous nous consumons dans une petite mort lente où tout ce qui fait notre beauté et notre grâce se dissout dans la solution A ou B.

Sommes-nous des parasites ?

Nadia Mokaddem
Montpellier, 24 novembre 2011.

mardi 20 décembre 2011

Contre le chomâge... et contre le travail !

Après avoir récemment perdu mon travail, je suis rentré dans le rang de ce qu’on appelle communément les chomeurs et précaires. Je n’ai pas envie d’écrire un texte théorique contre le travail ou des textes intellos conceptuels. Je me limiterai à ce long billet d’humeur et de quelques réflexions.

Ce titre d’article résume à peu près tout ce que je pense concernant la problématique du chômage et du travail.

En gros : ni l’un, ni l’autre, non merci.

Pour l’expliquer, je commencerai par une anecdote : pas plus tard qu’il y a quelques jours, j’allais à une manifestation "contre le chomage". Et là, le mégaphone de la CGT retentit. Plusieurs trucs assez insupportables et un notamment deux phrases qui me frappent comme un courrier de "trop perçu de la C.A.F en votre faveur". Le mec se lance dans une diatribe sur les patrons et les capitalistes (jusqu’ici, tout va bien) en expliquant que "ces gens là, qui ne travaillent pas sont des parasites, et que le travail, c’est ça la dignité dans la vie" puis nous explique que "les chomeurs doivent lutter pour un travail et un salaire décents" (il a l’air de savoir de quoi il parle).

La première escroquerie consiste à prétendre que la division de classe ne repose que sur le travail. Ce qui est faux, et les chomeurs et chomeuses en sont la preuve vivante. Non seulement il y a des pauvres qui ne travaillent pas (et survivent tant bien que mal, la fameuse "armée de réserve du capital") mais il y a des patrons, des propriétaires et des capitalistes qui travaillent. Même si du point de vue strictement "ouvriériste" ou travailliste, ils ne produisent rien ou pas grand chose, la plupart des cadres de la société d’exploitation dans laquelle nous vivons travaillent effectivement. Dans des bureaux, dans des bourses, en supervisant des chantiers, en faisant des réunions, en se déplaçant, en faisant leurs calculs, en faisant de la politique, etc, bref à des postes de gestionnaires la plupart du temps et généralement moins manuels, mais du travail quand même. En fait, c’est une minorité de rentiers qui ne travaillent pas du tout. La plupart des capitalistes d’aujourd’hui travaillent. Certains sont même salariés (il y a des patrons salariés par les actionnaires ou grands patrons, et qui ne sont donc pas complètement propriétaires, ou seulement d’une partie) même si ils ont des salaires gras et ne foutent pas grand chose, etc. Bref, si la plupart des pauvres travaillent dur pour gagner juste de quoi survivre ou un tout petit peu plus, ça ne veut pas dire que tout repose sur la seule problématique "salarié-e-s/patrons" (même si ça reste une problématique importante).

C’est bien sur le pouvoir décisionnel, la propriété privée (qu’elle soit "libéralisée" ou d’Etat) et les moyens de la défendre qui sanctionnent aussi la constitution d’une classe dominante. Si il y a bien un secteur dans la société où il n’est jamais question de "démocratie" ou de liberté (même "pour de faux"), c’est bien celui du travail. De l’entreprise. Du salariat, bref de l’économie. L’économie est privation par définition. Elle partage celà avec la prison. Tourner un film documentaire dans le monde de l’entreprise est au moins aussi improbable que de filmer le quotidien d’une prison. L’économie est l’antithèse de la décision raisonnée et prise collectivement. Pour celui ou celle qui n’a que sa force de travail à vendre, à aucun moment il n’est question de choix sur l’organisation du travail.

Ensuite, je suis peut être pas très vieux, mais je sais pas ce que c’est qu’un "travail décent" ou un "salaire décent". Jusqu’ici même quand presque tout le monde était contant autour de moi dans son boulot (ou plutôt feignait d’y être contant, comme on fait tous ou presque en général hors période de grève, de gros ras le bol ou de pétage de plombs) je ne l’étais pas et n’ai jamais su "faire semblant" bien longtemps. Je n’ai jamais gardé un boulot plus de 6 mois (licenciement économique, "plan social" ou non-renouvelement de C.D.D) et ayant laissé tombé les études sans diplôme, j’ai du dire adieu à la bourse et j’ai depuis enchainé les boulots qui passaient. Je n’ai jamais aimé le travail. Même si j’ai ressenti (comme la plupart des gens j’imagine) très tôt la nécessité de bosser (au départ pour arrondir les fins de mois pendant les études, combler les découverts, ou mettre de l’argent de coté) à certains moments et ai tenté de trouver des tafs qui me "plaisaient" ou plus supportables, je n’ai jamais rien trouvé qui ne soit pas épuisant au final et mieux payé que le S.M.I.C. Les planques existent, j’y ai évidemment pensé, et je finirai sans doutes par le faire, mais je sais que je me lasserai vite. En fait, qu’il s’agisse de travail "salarié" ou de travail à l’école, je n’ai jamais aimé le travail. Ce n’est ni l’effort, ni le fait de faire des choses avec d’autres gens qui me dérange, bien au contraire, mais ce qui fait la base du travail dans nos sociétés : la contrainte, et le fait d’être instrumentalisé, utilisé. De me sentir étranger à moi même, en un mot : aliéné. La base de l’exploitation capitaliste, ce n’est pas une question de propriété privée libérale ou d’Etat, ni seulement une question de rapport salarié (employeur/employé-e), mais aussi et surtout un rapport coercitif, de contrainte. On ne travaille ni parce qu’on le désire, ni parce qu’on aime ce qu’on fait, ni parce qu’on en a envie, ni parce que ça nous est vraiment utile (ce qu’on produit, ce qu’on fabrique, qu’on fait, dit ou vend, etc...) mais parce qu’il le faut. Parce que "c’est comme ça".

Voilà la seule raison d’être du travail en tant qu’aliénation et contrainte : c’est comme ça. La raison d’être du travail dans nos société : c’est la prison. Si on pousse le raisonnement un tout petit peu plus loin, on comprend vite à quoi servent les flics et les tribunaux. Si ils n’étaient pas là : qui obligeraient les gens à travailler et fermer leur gueule au juste ? Certainement pas la C.G.T et son S.O. Pendant cette même manif, je dis à un copain à coté de moi que je trouve ridicule et insultant de rabacher à des chomeurs qu’il leur faut un "travail décent" et que c’est "ça le sens de leur lutte" et même de leur vie donc, et en fait. A près tout, quelle différence de fond ça fait avec le discours de Pôle Emploi ? "Ta lutte, gamin, c’est de trouver un boulot, et de le garder, le reste, c’est de la littérature". En somme : aucune différence, sinon sur les détails. Le copain me répond que "c’est ça que veulent la plupart des chomeurs". Genre, un boulot. Je ne lui en veux pas personnellement de me dire ça. Il ne fait que reproduire le discours dominant sur le sujet. En quoi le fait que la plupart des chomeurs "demandent" du travail constitue une preuve à quoi que ce soit ? Moi aussi je suis inscrit comme demandeur d’emploi, moi aussi je serai encore amené à écrire des C.Vs et faire des entretiens d’embauche. Est-ce que ça m’empêche de détester le travail ? Est-ce que c’est ça que je veux vraiment ? Bien sur que non. Mais la question se pose quand même : il est qui pour dire ça ? Moi je suis chômeur. Et je n’ai pas envie de travailler. Même si j’y serai encore contraint, ou que je m’y résoudrais et espère que ça ne sera pas trop dur et bien payé : ce n’est pas ça que je désire vraiment dans ma vie. Je ne rêve pas "d’un salaire décent" avant de m’endormir. Je veux être libre et ne produire que ce dont j’ai besoin. D’ici là, je veux avoir de quoi bouffer et vivre "dignement" comme on dit, et bien sur m’amuser et jouir de la vie. Pas bosser. Non. Certainement pas. Et si je le fais quand même, ce sera parce que j’y suis contraint. Parce que j’ai trop désespérément besoin de cet argent qui est nécessaire à ma survie. Même si je fais un boulot qui me plait. Pour autant : est-ce que j’ai envie d’en faire ma seule revendication politique ? Même à court terme ? C’est hors de question.

Ce discours sur "les chômeurs qui ne demandent qu’à travailler" est un discours esclavagiste, qui ne conçoit pas les chômeurs ou chômeuses comme des êtres humains avec des désires propres, des problèmes, des intérêts de classe et même des contradictions et des antagonismes, mais comme des robots prêts à l’emploi. Des humains-machines. C’est cet individu qui n’est plus autre chose qu’un travailleur, qui dans une société qui repose sur le travail, n’a plus de sens à sa vie sans son emploi, cet humain désespérément moderne que décrit Hannah Arendt dans "La condition de l’homme moderne". Ce discours relayé jusque dans les syndicats et les organisations de gauche n’est que le pendant du discours libéral : c’est toujours le discours du pouvoir. D’un coté la droite dit "le chomage est un problème individuel, une question de choix et de volonté", et de l’autre la gauche dit "c’est un problème strictement collectif, avec des raisons économiques déterminées. Les gens ne demandent qu’à travailler". Pourtant, les deux contiennent une part de vérité, mais les deux sont absolument faux énoncés tels quels. Dans les deux cas, le travail comme valeur sociale fondamentale n’est pas remis en cause, et reste présenté comme le sens même de la vie ou plutôt de l’existence. Mais dans quel but ?

En même temps, si "les gens ne demandent qu’à travailler" pourquoi il y a tant de fraude aux allocs ? Pourquoi les gens ratent leurs RDV du pôle emploi délibérément ? Pourquoi les gens font grève ? Pourquoi il y a temps d’absentéisme au travail ? Etc, etc.

"Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. [Pourquoi ?] Parce que le travail dans lequel l’individu s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification" Et ce n’est pas moi qui le dit. C’est le jeune Marx dans ses manuscrits de 1844.

De tout temps des résistances au travail et contre le travail ont existé. Et le travail a toujours été fuit comme la peste. Parce que le travail n’est pas la base de la vie. Ce n’est pas vrai. C’est encore plus faux dans la société dans laquelle nous vivons et selon ce qu’on met derrière ce mot. Il ne peut pas être utilisé aujourd’hui comme ne représentant que "l’ensemble de l’activité productive humaine". Parce qu’utiliser le terme "travail" de manière strictement positive c’est assimiler le fait de créer, de réaliser et de produire entre producteurs librement associés à n’importe quelle forme d’esclavage salarié, de tortures, d’abrutissements, de mutilations et d’aliénations. C’est mélanger les deux dans un terme flou qui masque l’oppression dans un signifié implicite qui voudrait seulement dire "faire un truc". C’est faire comme si depuis plus de 200 ans, ce terme n’était pas utilisé pour décrire l’humiliation et la contrainte quotidienne que représente l’obligation de se vendre pour gagner le droit de survivre. D’autant plus que 131 ans après l’écriture du "Droit à la paresse", où Paul Lafargue (en 1880) expliquait déjà que 3h par jour de travail seraient amplement suffisant à satisfaire les besoins vitaux de la société pour chaque individu (si on supprimait la plus-value et donc la propriété privée et le capitalisme), il est d’autant plus vrai aujourd’hui que le niveau atteint par la technique rend quasiment le travail humain virtuellement obsolète. Ce n’est pas un hasard si la classe dominante partout dans le monde vente les louanges du travail en tant que "valeur sociale". La nécessité historique du travail forcé en tant qu’activité humaine touche à sa fin. Ou plutôt n’en finit plus de toucher à sa fin. Même la gauche et l’extrême gauche ont abandonné depuis longtemps leur identité "progressiste" dans cette stratégie qui voulait qu’à travers la réduction du temps de travail on en arrive à supprimer l’exploitation salariée. Elle en est même, au contraire, aujourd’hui à vanter la "création d’emploi". Et on justifie la nécessité du travail en inventant des emplois au nom de l’écologie, de la construction d’autoroute, dans une usine de pneu ou pour faire du street marketing au moment même où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité se profile la possibilité d’abolir le travail en tant que corvée et activité séparée de la vie.

Vous ne savez pas quoi faire de votre vie ? Ne vous inquiétez pas, le gouvernement va vous créer un emploi ! Des milliers d’années de philosophie retournées comme un gant de bain sale. La question n’est plus "qui suis-je ? Où vais-je ?" mais "à quoi vais-je servir ?" ou plutôt "qui vais-je servir ?". L’utilitarisme capitaliste touche ici à ce qu’il a de plus absurde.

La condition de chômeur est ce bug dans la "matrice" de l’idéologie dominante : il veut forcement travailler, ou alors c’est un feignant et un parasite. Dans tout les cas, c’est un être triste et servile. Sans désir et forcément malheureux (au moins jusqu’à l’entretiens d’embauche concluant).

Et peut être qu’elle commence là, la lutte "contre le chômage" des chômeurs et précaires : par rejeter cette classification biaisée, rejeter la culpabilisation qui va avec, oser s’imaginer heureux sans travail (même temporairement), et s’organiser en conséquence.

Non pas juste "pour demander du travail et un salaire décents" ou un "salaire social garanti" (par qui ? par l'Etat ? dirigé par qui ?), mais, avec les salarié-e-s, avec tout-e-s les autres exploité-e-s, pour lutter contre l’aliénation du travail et le système du salariat. Lutter contre la propriété privée en l’attaquant en son coeur : en refusant de payer partout où c’est possible. En organisant l’entraide localement, sabotant ainsi l’intégration forcée au travail et à tout le système d’exploitation capitaliste. Faire en sorte que "ne pas avoir de travail" ou "perdre son boulot" ne soit plus une fatalité qui conduit immédiatement à courir après le suivant ou à se culpabiliser. Multiplier les bouffes de quartier, les cantines collectives et les espaces communautaires et activités gratuites, les lieux d’échanges gratuits, les permanences d’informations pratiques, collectiviser les allocations et autres prestations sociales, organiser des auto-réductions, s’organiser pour empêcher les expulsions locatives, ouvrir des lieux d’habitations, des squats, des centres sociaux autogérés, créer des co-opératives agricoles ou autres pour permettre à ceux et celles qui le désirent de produire pour survivre (mais sans hiérarchie, sans patrons), même si ce ne sont que des solutions temporaires, tout en continuant de lutter pour précipiter la chute de ce monde.

Tout ce qui peut renforcer l’autonomie individuelle et collective, sans aller dans le sens d’un projet "alternativiste", mais dans une perspective clairement révolutionnaire ou insurrectionnelle, ne peut que nous rendre plus forts et plus fortes et accélérer l’histoire. Moins nous sommes affairé-e-s à survivre dans nos petites bulles individuelles ou notre petit milieux, et plus nous avons de temps pour faire autre chose. Pour vivre, pour lutter, etc. Toutes ces propositions sembleront cruellement routinières à certaines personnes qui crieront au déjà-vu, et pourtant si peu appliquées. Elles ne suffisent évidement pas, mais sont des pistes lancées. Une chose est sure : à moi, ça me parle plus qu’une manif balisée par les syndicats-poubelles et pacifiée par les flics pour demander un boulot de merde payé des miettes.

Contre le chômage, et contre le travail, ses profiteurs et ses idéologues :

Détruire le salariat, depuis l’intérieur... ou l’extérieur.

Un ennemi débonnaire du travail et de l’Etat.

vendredi 9 décembre 2011

"Une question de classe" - Alfredo Bonanno

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la classe n'est pas un concept marxiste.

Bien que nous rejetions les allégations marxistes sur le rôle historique de la classe ouvrière industrielle comme supérieure à tous les autres exploités, il est évident que la société est encore divisée en classes antagonistes.


Les termes de cette division se transforment avec la restructuration du capital.
Il est important de reconnaître celà afin d'adresser nos attaques vers les bonnes cibles dans la lutte.

Beaucoup d'anarchistes croient que l'idée de «classe» est un concept marxiste, et par conséquent ne s'y intéressent pas, et essaient de travailler sur d'autres manières de comptabiliser les divisions sociales.

Mais ces divisions existent clairement. Les conflits et la souffrance dominent la réalité moderne. Les masses qui soutiennent les profiteurs, et même leurs laquais survivent avec peine.

Il est donc nécessaire de tracer les contours des groupes sociaux où des individus partagent la même situation économique, politique, culturelle et sociale; peu importe la difficulté que cela représente.

Il est vrai que le terme «classe» a été dominé par la mystification marxiste pendant les quarante dernières années. Et ce n'est pas tant dans l'identification que Marx fait des classes, que par son affirmation selon laquelle la classe ouvrière industrielle est historiquement destinée à entraîner non seulement sa propre libération, mais aussi celle de l'ensemble de l'humanité, à travers la direction du parti qui prétend la représenter.

Tout anarchiste peut voir ici combien cette notion de classe est absurde et erronée. Mais nous devons nous rappeler que celà n'a pas tant à voir avec le concept de classe, qu'avec le rôle déterministe et messianique qui a été imposé à la classe ouvrière industrielle.

Nous pensons que le concept de classe est non seulement valable, mais nécessaire. Il est un instrument pour nous guider à travers le flux des divers aspects de la réalité sociale. Mais que nous ne sommes pas intéressés par les revendications mythiques sur le destin de la classe ouvrière industrielle.

Une chose que nous pouvons dire avec certitude est que les structures productives qui définissaient les divisions de classe dans le passé récent sont aujourd'hui en profonde mutation. Ce qui est également certain, c'est que bien que différent à bien des égards, un conflit tout aussi amer se reproduit aujourd'hui. Le problème est de voir comment cela se passe. A quoi faisons-nous face aujourd'hui ? Qu'est-ce qui marque la frontière entre la partie dominante de l'humanité et le reste?

Cette question est si importante qu'elle met la nécessité d'étudier les strates intermédiaires en deuxième place à l'heure actuelle. De tout aussi peu d'importance - pour le moment - est la nécessité d'envisager une répartition en trois classes ou plus. Ce qui nous intéresse aujourd'hui est la disparition progressive des divisions de classe traditionnelles et l'émergence d'une nouvelle. Il est clair qu'un tel argument a besoin de plus d'espace que ne nous pouvons lui en consacrer ici, mais nous ferons de notre mieux.

La division de classe était jadis basée sur l'idée d'un «manque».
Il y avait quelque chose qui était considéré comme le «bien commun» qui a été divisée en deux parties inégales.
La classe au pouvoir a pris possession de la plus grande partie de ce bien (communément connu comme la richesse), et de ce profit injuste a tiré les moyens de poursuivre l'exploitation et la domination. Ce sont, en premier lieu, les moyens culturels et idéologiques sur lesquels une échelle de valeurs a été fondée et qui condamnait la masse expropriée à ce qui semblait une situation irréversible.

En fait, les profondes contradictions au sein du système lui-même produisent des effets aussi radicaux en son sein que la lutte contre ses propres de domination. De récurrents problèmes sociaux ont été résolus par l'amélioration des conditions de travail.

La situation est devenu si insupportable pour le capital qu'il a dû renforcer ses structures, en augmentant la collaboration entre les États : mais c'est la technologie de pointe qui a eu un impact décisif en rendant la restructuration de la production possible.

Nous nous dirigeons maintenant vers une situation radicalement différente. La question du «manque» est de plus en plus floue, tandis que la question de la «possession» se dessine. La différence de classe n'est plus seulement créée par le fait que quelqu'un ne possède pas "autant" que l'autre, mais par le fait - unique dans l'histoire de l'humanité - qu'une partie possède «quelque chose» que l'autre n'a pas.

Pour mieux comprendre cela, nous devons nous rappeler que dans le passé la classe des exploité-e-s a toujours "possédé" quelque chose, même si ce n'était seulement que leur «force de travail», c'est à dire leur capacité à produire. Ils et elles ont toujours été obligé-e-s de la vendre, c'est vrai, et souvent à un prix très bas, mais l'autre côté en avait toujours besoin.
La négociation pouvait même atteindre ce point où ces malheureux vendeurs de leur force de travail n'arrivaient plus à joindre les deux bouts, mais personne ne pouvait nier que la classe ouvrière avait une «possession» qui faisait partie de la même échelle de valeurs que celle de la classe dominante. Dans le passé, les exploiteurs et les exploité-e-s se faisaient face (également au sein de la gamme considérable de stratifications de classes) sur la base d'une «possession» qui a été commune aux deux, mais leur appartenait de manière inégale. Maintenant un côté possède quelque chose que l'autre n'a pas, et n'aura jamais.

Cette «chose», c'est la technologie : la gestion technologique de la domination, la construction d'une «langage» exclusif appartenant à une classe «d'inclus». La classe dominante s'entoure aujourd'hui d'une muraille qui est beaucoup plus élevée que celle d'autrefois, qui consistait en la richesse matérielle et était défendu par des gardes du corps et des coffres-forts. Ce mur sera toujours une séparation radicale, aussi nette qu'incompréhensible - à court terme - pour ceux et celles qui ne se trouvent pas dans le processus d'inclusion. Le reste, les «exclus», deviennent une classe de "bénéficiaires" externes, capables d'utiliser seulement la technologie de manière secondaire et parfaitement instrumentale au projet de domination.

La partie des "exclu-e-s" de l'humanité n'est pas encore en mesure, au moins pour un temps très long à venir, de réaliser ce qui lui a été volé, parce que c'est une production qui n'appartient plus à la même échelle de valeurs. En construisant cette nouvelle séparation, la dernière espère-t-elle, la classe dominante a également construit un nouveau code moral qui n'appartient plus à la même échelle de valeurs, une sorte de code moral qu'elle n'a plus l'intention de partager avec les autres, avec ceux et celles qui appartiennent au monde des exclu-e-s. Autrefois, le principe du talon d'Achille était précisément ce code moral. Il était utile de plusieurs façons en vue d'assurer un meilleur contrôle, mais il a souvent abouti à ce que les exploiteurs sentent le souffle chaud de leurs partisans sur leurs cous.

Ainsi, cette nouvelle situation qui est sur le point de s'achever est la construction de nouvelles structures de classes, et non l'abolition du concept de classe. Ce n'est pas une question de terminologie, mais une nécessité opérationnelle. A l'heure actuelle, les concepts de classe et ceux relatifs aux «conflits de classe» semblent tout à fait adéquates pour indiquer les processus de la structuration sociale et comment celle-ci fonctionne. De la même manière, il est toujours possible d'utiliser le concept de «conscience de classe
» face à la difficulté croissante que les «exclus» ont à considérer leur propre condition d'exclusion.

Chaque stratégie révolutionnaire que nous pouvons imaginer pour la résistance contre le processus de restructuration en cours devrait garder à l'esprit les modifications qui sont en cours et, dans certaines limites, la stratification au sein des classes elles-mêmes. Peut-être dans cette phase précoce les marges de la classe incluse (l'ennemi de classe) ne sont pas faciles à définir. Nous aurons donc à adresser nos attaques vers des objectifs qui sont les plus évidents. Mais ce n'est qu'une question de documentation et d'analyse.

Ce qui est plus important à ce stade est de montrer que les discussions sur la terminologie ne vont pas résoudre le problème qui consiste à trouver l'ennemi et à le démasquer. Un acharnement à ce sujet masque simplement une incapacité à agir.

Notes: D'abord publié en anglais dans le numéro 5 du journal "Insurrection", en 1988.
Source: Récupéré le 7 avril 2011 à partir de http://pantagruel-provocazione.blogspot.com/2010/07/question-of-class.html

Traduit de l'anglais par Le Cri Du Dodo.Lien

lundi 5 décembre 2011

Le Rémouleur [programme de Décembre 2011]

Les nouveaux horaires d’ouverture du local :
le lundi de 16h30 à 19h30, le mercredi de 16h30 à 19h30 et le samedi de 14h à 18h.
L’entrée reste libre et gratuite, comme d’hab !

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Le Rémouleur
106 rue Victor Hugo
93170 Bagnolet
(M° Robespierre ou M° Gallieni)

leremouleur ((A)) riseup . net
S’inscrire à la lettre d’info du local : https://lists.riseup.net/www/subscribe/leremouleur/

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Projection du film “L’Argent de la vieille” (Lo scopone scientifico)
de Luigi Comencini, Italie 1972.
dimanche 4 décembre à 18 heures
Chaque année, une vieille milliardaire américaine vient habiter une villa à proximité d’un bidonville à Rome. Fanatique du “Scopone Scientifico”, un jeu de cartes, elle entreprend de longues parties avec Peppino et Antonia, habitants du bidonville, qui espèrent la plumer. Les autres habitants ont fait de ces derniers leurs champions dans une lutte qu’ils considèrent comme une revanche sociale.
Les règles semblent être les mêmes pour tous. Mais en les acceptant, le prolétariat accepte son échec...

Soirée “guerre d’Espagne, 1936” samedi 10 décembre à 18 heures

Présentation du livre « Cipriano Mera Sanz, 1897- 1975, De la guerre à l’exil » de Clément Magnier suivi du film « Land and Freedom » de Ken Loach Présentation d’une biographie inédite de Cipriano Mera, figure emblématique, mais peu connue, du prolétariat révolutionnaire de Madrid : ce maçon devient pendant la guerre civile espagnole général de l’armée populaire.
A travers le personnage de Mera, antimilitariste convaincu qui en 36 prône la militarisation des milices, ce livre pose clairement la question de la prise des armes dans une révolution. Il met en lumière le rôle du Parti Communiste tout au long de cette guerre et contredit le schéma réducteur d’un combat opposant fascisme et démocratie.
Ces questions se retrouvent, avec un autre point de vue, dans le film « Land and Freedom », (1994, 1H49) qui, à sa sortie, a secoué l’Espagne contemporaine.

Discussion autour des émeutes et pillages
en Grande-Bretagne au mois d’aout dernier
lundi 12 décembre à 19 heures 30
Retour sur les émeutes qui ont secoué la Grande- Bretagne du 6 au 10 août 2011. Des dizaines de milliers d’habitants des quartiers pauvres se sont soulevés contre leurs conditions d’existence toujours plus difficiles, crise et austérité aidant... Ils sont allés se servir directement dans les magasins sans s’embarrasser de revendications...
Soirée débat pour la sortie de Sic n°1, une revue internationale consacrée à la communisation. dimanche 18 décembre à 18 heures

Sic est la rencontre de divers groupes français, anglais, grecs et suédois et d’individus qui se retrouvent dans la problématique de la communisation. Sic est la continuation de Meeting sur une base réellement internationale.
“ La révolution est communisation... On n’abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus précisément par sa production. “

Projection de Land of the dead, 2005. samedi 31 décembre à 18 heures

Dans ce film entre science-fiction post apocalyptique et film de zombies, Romero nous montre dans un futur proche un monde divisé entre humains et morts-vivants, mais où les morts vivants sont la majorité. Les humains eux, séparés entre ploutocrates cyniques, milices surarmées et prolétariat toujours exploité, survivent dans une cité fortifiée. Mais pendant ce temps les morts-vivants s’organisent...

Permanence “Sans papiers : s’organiser contre l’expulsion”
Tous les 1er samedi du mois,

lors des permanences vous pourrez discuter et rencontrer des personnes ayant participé à la brochure Sans papiers : S’organiser contre l’expulsion. Que faire en cas d’arrestation ?, disponible sur http://sanspapiers.internetdown.org (broLienchure en cours de réactualisation du fait de nouvelles lois sur l’immigration). Il s’agit d’un guide pratique et juridique, écrit à partir d’expériences de luttes de ces dernières années, pour s’organiser contre les expulsions :
> De l’arrestation à l’aéroport, connaître et utiliser les procédures juridiques pour tenter d’obtenir la libération des personnes interpellées.
> S’organiser collectivement pour mettre la pression sur la préfecture, les tribunaux, les consuls...

Télécharger le programme de décembre 2011 (flyer)
Télécharger le programme de 2011 (affiche)

samedi 26 novembre 2011

"L'ascension des barbares" - Wilfull Disobediance

[Ce texte anonyme publié dans le journal anarchiste insurrectionnaliste anglais Wilful Disobediance il y a quelques années nous semble d'un intérêt tout particulier dans les débats qui agitent aujourd'hui les milieux anarchistes et anti-autoritaires au sujet du progrès technique et de la civilisation, en particulier vu la fascination néfaste que certaines théories primitivistes et autoritaires semblent produire ces derniers temps comme refuge au traditionnel gauchisme qui domine dans les luttes sociales. Néanmoins, et si nous ne souscrivons pas à l'idéalisation mystique de la nature humaine ni au rejet primaire de toute technologie qui semblent être les fondamentales du primitivisme, nous voyons comme nécessaire une critique anarchiste des notions de civilisation et de barbarie, aussi bien que du progrès technique dans une perspective révolutionnaire. En voici une première traduction en français.]

Une révolte non-primitiviste contre la civilisation

Si nous examinons l'essentiel du débat actuel dans les milieux anarchistes concernant la civilisation, la technologie, le progrès, l'anarchie verte contre l'anarchie rouge et ainsi de suite, l'impression qui nous est laissée est que la critique de la civilisation n'est apparue que récemment au sein de la pensée anarchiste et révolutionnaire. Mais cette impression est fausse, et dangereuse pour ceux et celles d'entre nous qui partagent une perspective révolutionnaire anticivilisationnelle.

En fait, une remise en cause révolutionnaire de la civilisation, de la technologie et du progrès peuvent être trouvées à travers l'histoire de la pensée révolutionnaire moderne. Charles Fourier et son utopie socialiste "Harmonie" contre la disharmonie de la «civilisation». Un certain nombre des plus radicaux des romantiques (William Blake, George Byron et Mary Shelley entre autres) étaient notablement sceptiques vis à vis de l'industrialisme et de sa raison utilitaire.

Mais nous pouvons ramener les choses à plus près en regardant chez les anarchistes du 19e siècle. Certes, Bakounine n'avait aucun problème avec la technologie industrielle. Bien qu'il ne partageait pas la foi quasi-mystique d'un Marx en la capacité du développement industriel à créer la base technique pour le communisme mondial, il n'a pas non plus vu quoi que ce soit d'intrinsèquement dominant dans la structure des systèmes industriels.

En fait, le destin de sa conception des travailleurs prenant en charge l'organisation de la société à travers leurs propres organisations économiques et industrielles était de devenir la base de l'anarcho-syndicalisme. Cette évolution, cependant, est basée sur un malentendu, puisque Bakounine a très clairement indiqué que cette organisation n'était pas quelque chose qui pourrait être développé sur une base idéologique en dehors de la lutte directe des ouvriers, mais plutôt que c'était quelque chose que les travailleurs pourraient développer pour eux-mêmes dans le cours de leurs luttes. Il n'a donc pas suggérer une quelconque forme organisationnelle spécifique pour cela. Néanmoins, les appels de Bakounine au «déchaînement des mauvaises passions» des opprimé-e-s et des exploité-e-s ont été vues par beaucoup de révolutionnaires plus raisonnable à cette époque comme un appel à la destruction barbare de la civilisation. Et Bakounine lui-même appela à «l'anéantissement de la civilisation bourgeoise
», «la destruction de tous les États» et «l'organisation libre et spontanée de bas en haut, par le biais d'associations libres».
Mais un contemporain français de Bakounine, Ernest Coeurderoy, était lui moins conditionnelle dans son rejet de la civilisation.
Il dit simplement: «Dans la civilisation, je végète, je ne suis ni heureux, ni libre, pourquoi alors devrais-je garder le désir que cet ordre d'homicide soit conservé ? Il n'y a plus rien à conserver de ce dont la terre souffre
». Et il fit, comme d'autres révolutionnaires anarchistes à cette époque, tel Déjacque, appel à l'esprit barbare de destruction pour mettre un terme à la civilisation de la domination.

Bien sûr, pour la majorité des anarchistes à cette époque, comme dans la nôtre, la civilisation n'est pas remise en question, ni la technologie ou le progrès. La vision de Kropotkine de communisation «des usines, des champs et des ateliers» ou de Josiah Warren de la "vraie civilisation" ont inévitablement plus d'éccho pour qui n'est pas prêt à affronter l'inconnu et les critiques anarchistes de l'industrialisme et de la civilisation qui, souvent, n'offrent pas une vision claire de ce qui se passera après la destruction révolutionnaire de la civilisation qu'ils détestent.

Le début du 20ème siècle, et plus particulièrement le grand massacre connu sous le nom première Guerre Mondiale, a apporté avec lui un important renversement des valeurs. La foi dans l'idéal bourgeois du progrès a été soigneusement érodé et la remise en cause de la civilisation elle-même est un aspect important d'un certain nombre de mouvements radicaux dont le dadaïsme, le futurisme anarchiste russe et les débuts du surréalisme. Si la plupart des anarchistes les mieux connus (comme Malatesta, Emma Goldman, Mahkno et ainsi de suite) ont continué à voir la possibilité d'une civilisation industrielle libérée, d'autres anarchistes moins notoires ont eu une vision différente des choses. Ainsi, vers 1919, Bruno Filippi écrit:

"J'envie les sauvages. Et je vais leur crier d'une voix forte
«Sauvez-vous, la civilisation est à venir.»
Bien entendu, notre chère civilisation, dont nous sommes si fiers. Nous avons abandonné la vie libre et heureuse de la forêt pour cet horrible esclavage moral et matériel. Et nous sommes des maniaques, des neurasthéniques, des suicidés.

Pourquoi devrais-je me soucier que cette civilisation ai donné des ailes pour voler à l'humanité si c'est pour qu'elle puisse bombarder des villes, pourquoi devrais-je m'y intéresser si je connais chaque étoile dans le ciel ou chaque rivière sur la Terre ?

[...]

Aujourd'hui, la voûte étoilée est un voile de plomb à travers lequel nous avons vainement essayer de passer, et aujourd'hui il n'est plus inconnue, il est indigne de confiance.

[...]

Je me fous de leur progrès, je veux vivre et jouir."
Maintenant, j'aimerai être clair. Je ne cherche pas par là à apporter sur la place publique la preuve que l'actuel mouvement anti-civilisationnel possède un héritage anarchiste légitime. Si sa critique de la réalité, que nous devons relever, est exacte, pourquoi devrions-nous préoccuper de savoir si elle s'inscrit dans un certain cadre de l'orthodoxie anarchiste ? Mais de Bakounine à Coeurderoy, Malatesta ou Filippi, tous les anarchistes du passé qui ont vécus dans la lutte contre la domination, ont bien compris qu'il ne s'agissait pas de chercher à bâtir quelque orthodoxie idéologique. Ils ont participé au processus de création d'une théorie anarchiste révolutionnaire et d'une pratique qui serait un processus continu. Ce processus a comporté des critiques de la civilisation, du progrès et de la critique des critiques de la technologie (et souvent dans le passé, ces critiques ne se sont pas connectées, de telle sorte que, par exemple, Bakounine a pu appeler de «l'anéantissement de la civilisation bourgeoise» et encore embrasser son prolongement technologique , l'industrialisme, et Marcus Graham pourrait appeler à la destruction de "la machine" en faveur d'une civilisation non mécanisée). Nous vivons dans des temps différents. Les paroles de Bakounine ou de Coeurderoy, de Malatesta ou Renzo Novatore, ou de l'un des écrivains anarchistes du passé ne peuvent pas être pris comme un programme ou une doctrine à suivre. Elles forment plutôt un arsenal à piller. Et parmi les armes de cet arsenal, il y a des béliers barbares qui peuvent être utilisés contre les murs de la civilisation, du mythe du progrès, du mythe depuis longtemps réfuté selon lequel la technologie peut nous sauver de nos malheurs.

Nous vivons dans un monde où la technologie a certainement perdu le contrôle. Comme la catastrophe suit la catastrophe, les paysages soit disant "humains" sont de plus en plus contrôlés et mécanisés, et les êtres humains sont de plus en plus conformes à leur rôle en tant que rouages ​​de la machine sociale. Historiquement, le fil conducteur qui a traversé tout ce qu'il y a de meilleur dans le mouvement anarchiste n'a pas consisté en une foi dans la civilisation, la technologie ou le progrès, mais plutôt en le désir de chaque individu d'être libre de créer sa vie comme il ou elle le juge opportun dans le cadre de la libre association, en d'autres termes, le désir de réappropriation individuelle et collective de la vie. Et ce désir est toujours ce qui motive la lutte anarchiste.
A ce stade, il est clair pour moi que le système technologique est partie intégrante du réseau de la domination. Il a été développé pour servir les intérêts des dirigeants de ce monde. Un des buts principaux du système technologique à grande échelle est le maintien et l'expansion du contrôle social, et cela nécessite un système technologique qui est très largement auto-entretenu, en ne nécessite seulement qu'un minimum d'intervention humaine. Ainsi, un mastodonte est né. Le constat du fait que de nombreux progrès techniques n'avaient aucun lien inhérent avec la libération humaine a été déjà fait par de nombreux révolutionnaires à la fin de la Première Guerre mondiale. Certes, l'histoire du 20e siècle devrait avoir renforcé cette analyse. Nous voyons maintenant un monde physiquement, socialement et psychiquement dévasté, comme le résultat de tout ce qui a été appelé progrès. Les exploité-e-s et dépossédé-e-s de ce monde ne peuvent plus sérieusement désirer obtenir une part de ce gâteau en putréfaction, ni de prendre la relève en l'«auto-gérant».

La réappropriation de la vie doit avoir un sens différent dans le monde actuel. À la lumière des transformations sociales de ces dernières décennies, il me semble que tout mouvement anarchiste révolutionnaire sérieux se doit d'appeler à la remise en cause de l'industrialisme et de la civilisation elle-même, précisément parce que ne pas le faire risquerait de ne pas nous fournir les outils nécessaires pour reprendre nos vies en main comme étant les nôtres.

Mais mon point de vue anti-civilisationnel n'est pas une perspective primitiviste. Alors que celle ci peut effectivement être source d'inspiration pour examiner les aspects apparemment anarchiques et communistes de certaines cultures «primitives», je ne base pas ma critique sur une comparaison entre ces cultures et la réalité actuelle, mais plutôt sur la manière dont l'ensemble des différentes institutions qui composent la civilisation agissent conjointement pour me voler ma vie et la transformer en un outil de reproduction sociale, et comment elles transforment la vie sociale dans un processus productif ne servant qu'à maintenir les gouvernants et leur ordre social.
Ainsi, il s'agit essentiellement d'une perspective révolutionnaire, et c'est pourquoi je vais toujours faire usage de quelque chose dans cet arsenal qui est l'histoire de la théorie révolutionnaire et toute pratique qui peuvent améliorer ma lutte.
Les peuples «primitifs» ont souvent vécu de façon anarchique et communiste, mais ils n'ont pas une histoire de la lutte révolutionnaire à partir de laquelle nous pouvons faire un état du butin des armes à notre disposition pour notre lutte actuelle. Cependant, celà étant dit, je considère les anarcho-primitivistes qui continuent à reconnaître la nécessité de la révolution et de lutte des classes comme mes camarades et complices potentiels.

La lutte révolutionnaire contre la civilisation du contrôle et du profit qui nous entoure ne sera pas une tentative raisonnable pour s'emparer des moyens de production. Les dépossédé-e-s de ce monde semblent commencer à comprendre que ce n'est plus une option pour la libération (si elle l'a jamais été). Si la plupart ne sont pas au clair sur qui ou quoi est précisément l'ennemi, la plupart comprennent qu'ils n'ont rien à dire à ceux du pouvoir, parce qu'ils ne partagent plus de langue commune. Nous qui avons été dépossédé-e-s par ce monde savons désormais que ne nous pouvons rien attendre de lui. Si nous rêvons d'un autre monde, nous ne pouvons pas exprimer ce rêve, car ce monde dans lequel nous vivons ne nous fournit pas les mots pour le dire. Et très probablement pas non plus pour la plupart des rêves en général. Ils ressentent juste la fureur de la dégradation continue de leur existence. Alors cette révolution, en effet, doit être la libération des «mauvaises passions» dont parlait Bakounine, les passions destructrices qui sont la seule porte d'une existence libre. Ce sera la venue des barbares annoncée par Déjacque et Coeurderoy.

Mais c'est précisément quand les gens savent qu'ils n'ont plus rien à dire à leurs dirigeants, qu'ils peuvent enfin apprendre à parler les uns avec les autres. C'est précisément quand les gens savent que les possibilités de ce monde ne peuvent rien leur offrir qu'ils peuvent apprendre à rêver l'impossible. Ce réseau d'institutions qui dominent notre vie, cette civilisation, a transformé notre monde en une prison toxique. Il y a tellement à détruire pour que la création d'une existence libre soit rendue possible. Le temps des barbares est à portée de main.

[...] Que les barbares se déchainent. Puissent-ils aiguiser leurs épées, qu'ils brandissent leurs haches de guerre, qu'ils frappent leurs ennemis sans pitié.Que la haine prenne la place de la tolérance, et puisse fureur prendre la place de la résignation, puisse l'indignation prendre la place du respect. Puissent les hordes barbares monter à l'assaut, de manière autonome, et de la manière qu'ils déterminent. Et puisse aucun parlement, aucune institution de crédit, aucun supermarché, aucune caserne, aucune usine ne jamais pousser à nouveau après leur passage. En face du béton qui s'élève à l'assaut du ciel et la pollution qui le recouvre, on puis dire avec Déjacque que «Ce n'est pas l'obscurité que les Barbares apporteront au monde cette fois, c'est la lumière.» -

Crisso / Odoteo

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Texte anonyme paru dans le journal anarchiste anglais "Wilful Disobediance",
numero 1, volume4. Ré-édité sur insurgentdesire.org.uk le 20 Septembre 2009